Laisser un sans-abri à lui-même coûte deux fois plus cher à la collectivité que de lui fournir un logement avec des services communautaires. Une étude réalisée à Québec confirme ce constat par des chiffres éloquents. Voilà une autre preuve que le laisser-faire des gouvernements qui disent ne pas avoir d’argent pour aider les plus vulnérables de notre société n’a aucun sens.
Une étude de la Maison Lauberivière, un centre d’hébergement temporaire pour personnes en difficulté de Québec, a dévoilé qu’il en coûte deux fois plus cher de laisser un sans-abri à lui-même que de tout mettre en œuvre pour le stabiliser en logement. L’étude menée par l’anthropologue Karina Côté a consisté à analyser les coûts sociaux engendrés par 12 personnes itinérantes et ceux de 12 autres qui ont « quitté » l’itinérance pour se stabiliser en logement grâce à un soutien communautaire.
Les résultats parlent d’eux-mêmes. Ils révèlent que les services publics reliés à l’incarcération et aux problèmes de toxicomanie ainsi que l’hébergement d’urgence coûtent en moyenne 24 700 $ annuellement pour chaque individu. En contrepartie, un ex sans-abri prix en charge par un organisme et stabilisé en logement subventionné coûte en moyenne 12 000 $ par année à l’État. La méthodologie de l’anthropologue repose principalement sur la comparaison des coûts de chacun des services qui jalonnent le parcours des personnes qui vivent dans la rue et des coûts des services de ceux qui s’en sont sortie grâce à l’aide d’un organisme et d’un logement communautaire.
Selon le Réseau solidarité itinérance du Québec, la province compterait environ 30 000 itinérants. Un chiffre qui fait d’autant plus peur que la tendance lourde est de judiciariser les sans-abri. En effet, toujours selon l’étude de Karina Côté, 40 % des frais judiciaires reliés aux personnes itinérantes concernent l’incarcération. Le rapport Judiciarisation et criminalisation des populations itinérantes à Montréal, effectué par Céline Bellot, professeure à l’École de service social de l’Université de Montréal, conclut aussi que la majorité des personnes qui occupent l’espace public se retrouvent incarcérées.1
La stabilité résidentielle, selon Karina Côté, entraîne une diminution importante, voire une absence d’utilisation de services publics dispendieux tels les urgences des hôpitaux (toxicomanie, psychiatrie, etc.), les incarcérations et les traitements judiciaires (contraventions pour avoir dormi dans un parc, avoir craché dans la rue, etc.) Enfin, se retrouver en logement supervisé avec du soutien communautaire contribue grandement à permettre aux sans-abri de renouer avec un entourage social, ce qui facilite non seulement leur réinsertion, mais fait aussi d’eux, dans plusieurs cas, des « aidants naturels » pour les autres.
Est-ce assez pour vous convaincre de la mauvaise gestion des fonds publics par le gouvernement québécois dans ce dossier ? La judiciarisation et l’absence d’aide communautaire sont non seulement néfastes pour notre société, mais aussi pour nos finances publiques ! L’étude de l’anthropologue Karina Côté démontre avec justesse qu’il importe de réfléchir collectivement au traitement réservé aux plus
Source:l'AMECQ
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